01 août 2006

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[Le Fieux] des ronds dans l'eau (water circles)


Les libellules ne sont pas les seules occupantes du petit étang.

Dragonflies are not the only occupants of this little pond.

4 commentaires:

Cergie a dit…

T'es le king de la mare.

mademoiselle P a dit…

comme un mouvement si simple de l'eau peut faire cette belle image

Christian a dit…

Le Gerris

Le gerris est un petit animal vorace, plus avide de sang et d'humeur que de chair, qui ne quitte guère le bord des rivières, des lacs ou des étangs ; il a plus de facilité qu'un autre pour y papillonner, plus même que le rat d'eau, car il n'a des poils fins et denses qu'aux pieds, tandis que le rat d’eau en a par tout le corps ; il n’a pas, comme la loutre, des membranes entre les doigts des pieds, c’est une erreur de Cantonneau, que Pouy et plusieurs autres Naturalistes ont copiée ; il ne va point dans les terres élevées, il est fort rare dans les hautes montagnes, dans les plaines arides, mais très-nombreux dans tous les vallons humides et marécageux ; il ne va point à la mer, comme le castor, mais il parcourt les eaux douces, et remonte ou descend les rivières à des distances considérables en en longeant les bords : toujours il court à la surface des eaux, et y demeure perpétuellement. On le trouve par-tout en Europe, excepté dans le climat trop rigoureux du Pôle : on le retrouve en Égypte sur les bords du Nil, si l’on en croit Botul ; cependant la figure qu’il en donne ressemble si peu à notre gerris, que l’on peut soupçonner, avec quelque fondement, que ces gerris du Nil sont des animaux différents. A parler exactement, il n'est point animal amphibie, c'est-à-dire, animal qui peut vivre également et dans l'air et dans l'eau ; il n'est pas conformé pour demeurer dans ce dernier élément, et il a besoin de respirer, à peu près comme tous les autres animaux terrestres. Les mâles et les femelles se cherchent sur la fin de l’hiver, elles mettent bas au mois de mars : on m'a souvent apporté des petits au commencement d'avril ; peut-être ces animaux produisent-ils plusieurs fois par an, mais nous n’en sommes pas informés ; les portées sont de trois ou quatre. Ordinairement les jeunes animaux sont jolis : les jeunes gerris sont plus laids que les vieux. Le devant de la tête mal fait, conique et prolongé d'un rostre, les oreilles placées haut, des yeux trop petits et couverts, l'air obscur et cauteleux, toute la figure papelarde, le corps allongé, les mouvements gauches, les pattes antérieures beaucoup plus courtes que les autres, l'instinct et le sentiment très-inférieurs aux autres animaux, sembleraient annoncer un animal stupide ; cependant le gerris devient industrieux et fort agile avec l'âge, au moins assez pour glisser et patiner avec grand avantage, indifférent au scrutateur, auquel il ne daigne pas même accorder un regard. Rien de plus désobligeant, mais rien de plus touchant aussi que cela qui seul suffirait pour prouver l'incorruptible modestie de cet humble insecte que Dieu a conçu et tiré du néant.

Buffon (Georges-Louis Leclerc, Comte de), Histoire Naturelle générale et particulière : avec la description du Cabinet du Roy, Tome XXXVII, « Des animaux aquatiques », A Paris, de l’Imprimerie Royale, 1788, p. 135 & 136.

pcc : Christian Dufour

Extrait de l'ouvrage à paraître en septembre 2006 aux Contrebandiers Editeurs :
Comment les araignées d’eau donnent un sens à l’existence et pourquoi il faut répandre la contemplation gerritique™®© afin de sauver le monde : mémoire de Francis Mizio comprenant des gravures et des illustrations, des renseignements de première bourre et de précieuses annexes gerritiques dufouriennes accompagnées de notes de Christian Dufour (NDCD) et des NDCD de NDCD.

Cergie a dit…

WAOW !
Comment de simples ronds dans l'eau peuvent-ils inspirer tant de sciences ?

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